Le projet

Ce site rassemble les travaux menés dans le cadre d’une action de l’UMR Environnement Ville Société, telle qu’elle a été proposée dans le projet de contrat quadriennal. En voici la problématique.

    Mutations de l’action collective urbaine face aux contradictions du développement durable

La notion de développement urbain durable est considérée ici de façon relativement radicale comme une utopie pragmatique marquée avant tout par sa dimension procédurale. Plus qu’une nouvelle forme de ville idéale, elle promeut un processus idéal d’action collective urbaine. Le développement urbain durable est une injonction aujourd’hui dominante dans le référentiel de l’action collective dans les pays développés comme dans les pays émergents. De plus, il s’agit d’une injonction essentiellement procédurale de mise en tension des dimensions économique, environnementale et sociale du développement, mais aussi des échelles du court et du long terme, du local et du global.

L’évaluation de la réponse de l’action collective urbaine aux objectifs de développement durable tient à la capacité du processus de conception et mise en œuvre de cette action (qu’il s’agisse de politiques urbaines, d’aménagement et d’urbanisme, de gestion urbaine, de développement économique, social et culturel…) à opérer cette mise en tension d’enjeux et de réponses nécessairement contradictoires à court ou moyen terme. De plus, il convient de prendre en compte la complexité relevée par tous (des experts aux politiques) de l’opérationnalisation du développement urbain durable, qui n’est pas mécaniquement décliné en catégories d’action et pratiques normées. Elle prend plutôt la forme d’un ensemble de mutations de l’action collective –changement de référentiel, démocratisation des processus décisionnels, modification des échelles et des processus de planification et de projet urbain…– suivant un rythme et une logique qui leur sont propres. La prise en compte de cette complexité permet de comprendre les incohérences et les décalages se manifestant dans la mise au concret de cette nouvelle utopie de l’action collective. Dès lors, on peut reprendre le postulat selon lequel le territoire en général, et la métropole en particulier semble éclairer la question du développement durable, parce qu’il est le lieu de son application concrète et met en évidence les contradictions qui en résultent.

Dans ce cadre, l’action collective sur la ville s’incarne dans une pluralité de configurations possibles du système d’acteurs, de leurs temporalités d’action, et des traductions territoriales multiscalaires qui résultent des rapports de pouvoir. Il s’agit donc d’un lieu de mise à l’épreuve particulièrement intense des contradictions d’enjeux et d’échelles temporelles et spatiales du développement durable mis au concret dans l’action urbaine. C’est pourquoi l’action collective développée au sein et pour les territoires métropolisés sera le terrain commun d’application des questions de recherches thématiques qui sont développées ci-dessous. Ces recherches sont marquées par une forte volonté comparatiste à l’international (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest, Est et Sud de la Méditerranée, Asie du Sud-Est.

1. Les services urbains : La production et la gestion des services urbains sont un premier exemple de politiques publiques mises à l’épreuve des tensions et des contradictions liées à l’imposition de la notion de développement durable. Deux types d’actions seront particulièrement étudiés. La première série concerne les réformes touchant les services urbains en réseau, en particulier l’eau, l’assainissement, l’électricité et plus largement la fourniture d’énergie et les déchets dans des contextes variés : villes du sud de la Méditerranée en contexte de fortes croissance démographiques, de grande pauvreté et d’inégalités sociales accrues (partenariats avec plusieurs instituts français du sud de la Méditerranée et diverses institutions universitaires). L’impératif de bonne gestion financière, la décentralisation et la bonne gouvernance se combinent avec l’impératif environnemental, mais au risque de ne pas prendre en compte, telle est l’hypothèse, les inégalités socio-spatiales et les différenciations accrues dans l’accès à ces nouveaux services. L’impératif de l’efficacité énergétique, encore à ses balbutiements, l’illustre particulièrement. Sur ce thème et à propos du secteur des déchets, on profitera de l’arrivée de L. Rocher comme maître de conférences pour développer les investigations sur les terrains français et européens, notamment autour des politiques d’efficacité énergétique menées par les collectivités locales. L’autre thématique concerne, dans la lignée du quadriennal précédent, les nouvelles politiques de mobilité urbaine dans les métropoles européennes et nord américaines et la manière dont elles prennent en compte les disparités socio-spatiales dans leur conception et leur mise en œuvre. Il s’inscrit dans le réseau intitulé « Plate-forme internationale de recherche sur la mobilité quotidienne et l’exclusion sociale: vers de nouvelles catégories de pensée et d’action ». Financée par la Région Rhône-Alpes dans le cadre de ses clusters de recherche, cette plate-forme réunit depuis 2007 des chercheurs français, suisses et canadiens (issus de 12 laboratoires de recherches) autour de l’analyse de la prise en compte, dans les politiques de mobilité, des inégalités socio-spatiales. Elle promeut un positionnement scientifique original qui croise deux approches rarement réunies : l’une sur l’analyse de la connaissance produite sur la mobilité ; l’autre sur l’analyse des changements de l’action collective urbaine. À partir de cette articulation, les travaux de  la plate-forme mettent en valeur l’importance et les raisons des impensés sociaux de la mobilité et les « angles morts» des politiques urbaines. L’UMR EVS est un des deux co-organisateurs de cette plate-forme de recherche avec l’UMR PACTE. Ces travaux vont se prolonger à travers deux financements du PREDIT et un autre de la Délégation interministérielle à la ville.

2. Le débat public : Nous avons fait l’hypothèse, dans des travaux de recherche récents menés en comparaison internationale, que le développement récent du débat public dans le processus de conception et de mise en œuvre d’une politique urbaine serait un des instruments privilégiés de la mise en tension des enjeux et des échelles du développement durable. Évaluer ce rôle spécifique du débat public suppose de se démarquer des deux courants dominants en matière de recherche dans ce champ, qu’il s’agisse de celui qui privilégie une perspective gestionnaire (aide à la décision et résolution de conflits), ou de celui qui s’intéresse essentiellement au renouvellement de la démocratie. Nous nous rattachons à un troisième courant de recherche qui se focalise sur l’effet de la mobilisation collective sur le contenu et les modes de faire de l’action. De ce fait, nous chercherons à vérifier si la mesure des transformations de l’action urbaine sous l’impact du débat public peut être le moyen d’évaluer l’inflexion –de la mise en tension vers l’éventuelle mise en cohérence des enjeux du développement durable– de l’action urbaine. Il s’agit également d’analyser comment est utilisée la thématique de la durabilité en tant que répertoire argumentatif nouveau, mobilisé à la fois par les pouvoirs publics pour se relancer et pallier la perte de crédibilité et d’acceptabilité sociale des mesures dites d’ « intérêt général », et par les mouvements associatifs locaux qui contestent le monopole de l’expertise de la puissance publique ou des firmes importantes concernant les questions du cadre de vie. Les terrains sont ouest-européens et canadiens. À noter l’UMR est présente au sein du GIS Participation du public, décision, démocratie participative.

3. L’économie créative, la ville créative : D’une certaine manière, les nouvelles esthétiques urbaines générées par l’émergence de projets de requalification et d’esthétisation urbaine depuis les années 80 tendent à constituer un paradigme concurrentiel à celui du développement durable. Plus largement, la généralisation au plan international d’une injonction à la créativité et à l’innovation faisant fréquemment appel à des temporalités événementielles semble largement s’opposer (ou plus précisément agir sur un autre plan stratégique) au cadre idéologique du développement durable. La confrontation, notamment au regard des projets de développement métropolitain, entre ce double système d’injonctions (souvent impensé) constitue le troisième terrain d’application du thème. Cette approche repose sur les travaux menés dans le cadre du réseau international « Arts de Ville » sur le rôle des politiques culturelles dans le développement urbain mais également sur diverses recherches, notamment comparatives, telles qu’une recherche action portant sur l’analyse comparative de la fabrique urbaine et l’usage de la nuit entre la France et la Thaïlande (des stratégies de mise en lumière urbaine au développement durable).

4. La production de nouveaux espaces urbains et le développement durable. Le moment de la production des nouveaux espaces urbains est particulièrement révélateur des contradictions liées à l’imposition de la notion de développement durable dans l’action publique urbaine, notamment à travers les contraintes dues à la protection de l’environnement et à la préservation de la bio-diversité, ainsi qu’aux exigences accrues quant à la prise en compte du débat public dans les processus de décision et au souci renouvelé pour les aspects sociaux des actions public visant l’urbain. Ces nouveaux impératifs se concrétisent in fine lors de la production de nouveaux espaces urbains, où ils prennent la forme d’objectifs précis (reconstruction de la ville sur la ville, bâtiments aux normes HQE, dépollution des sols, production de logements sociaux, participation des habitants dans la prise de décision). Pour la concrétisation des nouveaux impératifs de l’action urbaine liée au développement durable, le processus de production concrète de la ville (le montage des projets, la préparation de l’assiette foncière, l’aménagement, le développement de l’immobilier) est crucial. Cela conduit à un questionnement en double sens : comment les nouveaux impératifs influencent ils le processus de production de la ville ? Comment le processus de production de la ville influence-t-il l’opérationnalisation du développement durable ? Ces questions se posent avec le plus d’acuité dans les opérations de développement urbain dans le tissu urbain existant (le renouvellement urbain). En effet, la complexité de ces opérations, à cause de la multiplication d’acteurs et d’enjeux lié à la prise en compte de l’existant, fait que l’ajustement de différents objectifs y pose le plus de problèmes. En même temps, sous l’impératif du développement durable, l’importance de ces opérations dans la production de l’urbain est croissante. Pour cette raison, les questions évoquées ci-dessus seront abordées principalement dans le cadre du renouvellement du tissu urbain existant. Pour cette raison, les questions évoquées ci-dessus seront abordées principalement dans le cadre du renouvellement du tissu urbain existant. Ces thématiques sont abordées sur des terrains d’Europe de l’Ouest (Pays Bas, France, Royaume Uni en particulier).Il conviendra en contre-point de développer une analyse des facteurs économiques, juridiques et socio-culturels qui produisent l’étalement urbain, processus majeur d’urbanisation dans l’hexagone comme dans la plupart des pays du monde, alors même que les pouvoirs publics prétendent le limiter (notamment en France par la loi Solidarité et Renouvellement Urbains). Par ce biais, il est possible d’évaluer les capacités d’agir et les limites de l’action organisée mêlant les acteurs publics nationaux et locaux et les grands acteurs privés spécialisés dans les domaines du foncier et de l’immobilier, face à l’émiettement des décisions individuelles qui régissent le marché. Il s’agit d’un champ d’analyse faisant appel aux outils méthodologiques et conceptuels de la socio-économie, et de la science politique mais qui concerne directement le domaine de l’aménagement de l’espace. Ces thématiques sont abordées sur des terrains d’Europe de l’Ouest (Pays Bas, France, Royaume Uni et Allemagne en particulier).

L’objectif de ces séminaires est de partager les démarches des différents participants. Le site entend garder la trace des présentations et des discussions, et capitaliser les références partagées.

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